Job 30BFC1997

1Mais maintenant, je suis tourné en ridicule par des petits jeunots. Leurs pères autrefois m'auraient paru indignes de figurer parmi les chiens de mon troupeau.

2Et d'ailleurs, que pouvais-je attendre de ces gens à la force mourante?

3Épuisés par la faim et par les privations, ils cherchaient quelque chose à ronger dans la steppe, sombre région de ruine et de désolation.

4Ils recueillaient l'herbe salée près des buissons, ils se nourrissaient des racines du genêt.

5Chassés par tout le monde, poursuivis à grands cris comme des malfaiteurs,

6ils cherchaient un abri sur les flancs des ravins, dans les trous de la terre ou les creux des rochers.

7Ils étaient entassés à couvert sous les ronces, on entendait leurs cris au milieu des buissons:

8Des espèces de fous, des êtres innommables, qu'on chassait du pays à grands coups de bâton!

9Mais maintenant je suis un thème de chansons, me voilà devenu sujet de racontars.

10Ils s'éloignent de moi pour marquer leur dégoût, ou bien, sans se gêner, me crachent au visage.

11Dès lors que Dieu m'a affaibli et humilié, ils n'ont plus envers moi la moindre retenue!

12Pour m'accuser, une foule de gens se lèvent, cherchant à me faire tomber d'un croche-pied. Ils lancent contre moi leur assaut pour me perdre.

13Ils m'ont coupé toute retraite, chacun travaille à mon malheur, aucun d'entre eux n'a besoin d'aide.

14Ils pénètrent chez moi par une large brèche et se glissent vers moi à travers les décombres.

15Toutes sortes de terreurs me prennent pour cible, balayant ma dignité comme un coup de vent; mon bonheur a été un nuage qui passe.

16Enfermé maintenant dans ce temps de misère, il ne me reste plus qu'à exprimer ma plainte.

17La nuit, les douleurs me transpercent jusqu'à l'os, elles me rongent sans m'accorder de repos.

18Dieu a saisi brutalement mon vêtement, il me serre le cou comme un col trop étroit,

19me jette dans la boue; on dirait que je suis de poussière et de cendre.

20Mon Dieu, je t'appelle, mais tu ne réponds pas; je me tiens devant toi, mais ton regard me perce.

21Te voilà devenu cruel à mon égard, tu mets toute ta force à t'acharner sur moi.

22Tu m'emportes au grand galop avec le vent, et la tempête me secoue dans tous les sens.

23Je le sais bien, tu me ramènes chez la mort, ce lieu de rendez-vous fixé à tout vivant.

24Mais quand tout est ruiné, ne tend-on pas la main? Dans la détresse, n'appelle-t-on pas à l'aide?

25N'ai-je pas pleuré sur ceux que la vie malmène? Le sort des malheureux m'a toujours tourmenté!

26J'espérais du bonheur, mais j'ai eu le malheur; j'attendais la lumière, et la nuit est venue.

27L'émotion ne cesse de bouillonner en moi depuis que j'affronte cette vie de misère.

28Je marche dans le deuil; pas de soleil pour moi! En plein public je lance des appels à l'aide.

29Par mes lugubres cris, me voilà devenu compagnon des chacals et frère des hiboux.

30Sur moi, ma peau noircit, au plus profond de moi, la fièvre me dévore.

31Ma guitare ne joue que des airs pour le deuil, ma flûte ne soutient que le chant des pleureurs.

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